Clair obscur – Éditorial de Guy Rossi-Landi – La lettre politique n°16

 

Guy Rossi-Landi

Éditorial
Clair obscur
Il est évidemment inconcevable qu’un ministre de l’Économie exprime son désaccord envers la
politique économique du gouvernement auquel il appartient ! C’est pourtant ce qu’a fait
Arnaud Montebourg, qui n’a pas hésité, en outre, dans son fief de Frangy-en-Bresse, à se
moquer du président de la République. Quelle que soit sa réticence à trancher net et son désir de ne
pas se couper des différents courants du Ps, François Hollande ne pouvait pas ne pas réagir
énergiquement. La démission du gouvernement est donc, tout à la fois, une mesure de bon sens et
une décision de salut public. Le remplacement du ministre contestataire par l’artisan même du Pacte
de solidarité, Emmanuel Macron, ne peut que conférer plus de cohérence à la politique suivie, qui
restait encore dans le flou et dans l’ambiguïté.
La ligne est désormais clairement sociale-libérale. C’est un choix d’autant plus responsable qu’il
n’y avait pas d’alternative : il n’est plus possible, après tant d’années de laxisme, de laisser filer les
déficits et les dépenses. Seuls quelques nostalgiques du keynésianisme peuvent en douter, ainsi que
ceux qui veulent encore croire à la toute-puissance du volontarisme et s’imaginent que se réclamer
de gauche résout magiquement tous les problèmes… Hélas pour tous les militants sincères et
convaincus, l’État ne peut pas tout. Lionel Jospin fut l’un des premiers à le reconnaître, ce qui ne lui
porta pas chance.
Il n’en reste pas moins que « le peuple de gauche » est fondé à dénoncer le virage à angle droit pris
par celui qui déclarait, quand il était candidat : « Mon ennemi, c’est la finance » et qui suit
maintenant une politique qu’approuvent les banquiers et le patronat. Les électeurs de gauche ont été
floués, comme l’avaient d’ailleurs été ceux du Cartel en 1924 ou du Front populaire en 1936, la
droite étant revenue au pouvoir deux ans après le scrutin. L’originalité, cette fois, c’est que, grâce
aux institutions de la Ve République, c’est le même homme qui applique une nouvelle politique.
Pour combien de temps ? À l’évidence, le gouvernement, quoique feigne de croire Manuel Valls,
n’a plus de majorité parlementaire. Les députés frondeurs, de plus en plus nombreux, seront-ils
assez lucides pour ne pas ouvrir une crise gouvernementale, qui déboucherait presque
inévitablement sur une dissolution – et sur leur défaite électorale ? Rien n’est moins sûr. Le mandat
de François Hollande pourrait donc finir par une autre cohabitation – dont l’opposition, échaudée
par les précédents de 1988 et 2002, ne veut pas. Il faudra donc tôt ou tard jeter les bases d’une
majorité nouvelle – de Valls à Juppé en passant par Bayrou. Une utopie ? Non, une nécessité.
Guy Rossi-Landi

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