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16 novembre 2014 La Lettre politique n° 21


BlogTV - 16 novembre 2014 La Lettre politique n° 21
Éditorial
Il n’y a plus de Président !
Le dialogue de François Hollande avec quatre Français, l’autre soir sur TF1 (pourquoi ne pas choisir de
préférence une chaîne publique ?) avait quelque chose de pathétique. À force de se vouloir un président
« normal », le chef de l’État se transformait en assistante sociale face à une malheureuse chômeuse et en chef de
bureau de sous-préfecture vis-à-vis d’un chef d’entreprise, tous deux plutôt agressifs envers leur interlocuteur
impuissant, dont ils avaient manifestement oublié qui il était.
On imagine mal le général de Gaulle ou même Georges Pompidou, tous deux conscients de la dignité de leur
fonction, se prêter à un tel jeu. La dérive a commencé avec Valéry Giscard d’Estaing, si éloigné du peuple qu’il
a souhaité lui donner des gages en allant dîner chez des ménages modestes. Il voulut moderniser la présidence,
par exemple en demandant que les députés restent assis pendant qu’on leur lisait le message qu’il leur adressait
au début de son mandat, mais il ne fit que la déconsidérer. François Mitterrand, pendant ses deux septennats, lui
rendit quelque prestige – sauf en allant s’asseoir sur la table d’Yves Mourousi, pour faire « chébran », erreur
qu’il ne renouvela pas – mais Jacques Chirac crut bon, le premier, de répondre à un panel de jeunes, pour les
convaincre des bienfaits de l’Europe.
Les « communicants » de l’Élysée font tous le même contresens, car ils ne se rendent pas compte que les
Français ne se sont pas vraiment remis d’avoir guillotiné leur roi et qu’ils souhaitent, plus ou moins
consciemment, être dirigés par un monarque républicain, qu’ils puissent respecter. À leurs yeux, le pouvoir ne
va pas sans majesté. Il faut convenir que notre président normal en est cruellement dépourvu.
L’évolution institutionnelle – et tout particulièrement le quinquennat – a contribué à dévaloriser la fonction
présidentielle. Au début de la Ve République, de Gaulle s’était attribué un « domaine réservé » : la politique
étrangère et la défense nationale, sur lesquelles son autorité était incontestée. Mais tout le reste, « l’intendance »
disait-il, était de la compétence du Premier ministre. Celui-ci était le vrai chef de la majorité parlementaire.
Exposé en première ligne, il servait de paratonnerre ou de fusible. Depuis que le Premier ministre n’a plus la
légitimité qu’il pouvait tirer d’une campagne électorale victorieuse et qu’il n’est plus, en effet, qu’un simple
collaborateur, il ne protège plus le chef de l’État. François Hollande ne serait pas tombé aussi bas dans
l’opinion s’il s’était cantonné aux commémorations et à la politique étrangère – où il n’y a pas grand-chose à lui
reprocher.
Quel qu’il soit, le prochain Président de la République doit reprendre de la hauteur et s’élever au-dessus de la
mêlée. L’âge respectable d’Alain Juppé devrait le lui permettre…
Guy Rossi-Landi

En Europe 2 septembre 2014 La Lettre politique n° 16

En Europe
par Claudine Couture

Europe

La Lettre politique n° 16 www.lalettrepolitique.com page 7
En Europe
par Claudine Couture
Les Hauts-Commissaires enfin désignés
Après son fiasco du 16 juillet, le Conseil européen extraordinaire des chefs d’État et
de gouvernement du 30 août a élu le Premier ministre libéral polonais, Donald Tusk,
à sa tête et désigné la chef de la diplomatie italienne, Frederica Mogherini, comme
ministre des Affaires étrangères de l’Union.
Calculs politiques
En plein conflit ukrainien, le premier ministre polonais a l’avantage d’avoir toujours été ferme
contre Moscou, sans tomber dans le discours anti-russe. Il permet aussi à la droite de replacer
l’un des siens à la tête du Conseil européen, tout en conservant la présidence de la Commission
avec le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker.
Ce choix a rassuré les dirigeants des pays Baltes et d’Europe centrale et orientale, d’abord
opposés à la candidature de la sociale-démocrate Federica Mogherini, jugée trop « pro-
Kremlin ». Ils s’y sont ralliés, ce qui permet d’avoir une certaine parité homme/femme au
sommet.
Donald Tusk
Partisan d’une Union forte, il milite pour la création d’une défense européenne autonome,
convaincu que l’Union ne peut pas compter seulement sur la bienveillance américaine.
En effet, le Premier ministre polonais, d’abord atlantiste, a pris ses distances avec les États-Unis
(et la Grande-Bretagne), peu convaincu par leur gestion des guerres en Irak et en Afghanistan
dans lesquelles les troupes polonaises ont été engagées.
Non ressortissant d’un pays de la zone euro, il devra toutefois en présider les conseils
européens. En outre, il est opposé à l’avortement, au mariage des homosexuels ou encore à
l’euthanasie… Enfin, il parle mal anglais et pas du tout français, pourtant les deux langues de
travail de l’Union, même s’il s’exprime couramment en allemand et russe.
Lors de sa conférence de presse, il a promis, dans un jeu de mots en anglais, qu’il allait « polir
son anglais » (« polish » qui signifie aussi polonais) et d’être « 100 % prêt » en décembre.
Issu du mouvement Solidarność, cet historien de formation s’est forgé l’image d’un homme
efficace, notamment pendant la crise économique.
Avec la nomination de Donald Tusk, c’est la première fois qu’un pays de l’Est obtient un des
postes majeurs de l’Ue, 25 ans après la chute du Mur et 10 ans après leur adhésion à l’Union.
Frederica Mogherini
Après la victoire écrasante de son parti aux élections européennes, qui en a fait le premier
parti de gauche en Europe, le premier ministre Matteo Renzi avait exigé sa nomination pour
succéder en novembre à la Britannique Catherine Ashton.

Clair obscur – Éditorial de Guy Rossi-Landi – La lettre politique n°16

 

Guy Rossi-Landi

Éditorial
Clair obscur
Il est évidemment inconcevable qu’un ministre de l’Économie exprime son désaccord envers la
politique économique du gouvernement auquel il appartient ! C’est pourtant ce qu’a fait
Arnaud Montebourg, qui n’a pas hésité, en outre, dans son fief de Frangy-en-Bresse, à se
moquer du président de la République. Quelle que soit sa réticence à trancher net et son désir de ne
pas se couper des différents courants du Ps, François Hollande ne pouvait pas ne pas réagir
énergiquement. La démission du gouvernement est donc, tout à la fois, une mesure de bon sens et
une décision de salut public. Le remplacement du ministre contestataire par l’artisan même du Pacte
de solidarité, Emmanuel Macron, ne peut que conférer plus de cohérence à la politique suivie, qui
restait encore dans le flou et dans l’ambiguïté.
La ligne est désormais clairement sociale-libérale. C’est un choix d’autant plus responsable qu’il
n’y avait pas d’alternative : il n’est plus possible, après tant d’années de laxisme, de laisser filer les
déficits et les dépenses. Seuls quelques nostalgiques du keynésianisme peuvent en douter, ainsi que
ceux qui veulent encore croire à la toute-puissance du volontarisme et s’imaginent que se réclamer
de gauche résout magiquement tous les problèmes… Hélas pour tous les militants sincères et
convaincus, l’État ne peut pas tout. Lionel Jospin fut l’un des premiers à le reconnaître, ce qui ne lui
porta pas chance.
Il n’en reste pas moins que « le peuple de gauche » est fondé à dénoncer le virage à angle droit pris
par celui qui déclarait, quand il était candidat : « Mon ennemi, c’est la finance » et qui suit
maintenant une politique qu’approuvent les banquiers et le patronat. Les électeurs de gauche ont été
floués, comme l’avaient d’ailleurs été ceux du Cartel en 1924 ou du Front populaire en 1936, la
droite étant revenue au pouvoir deux ans après le scrutin. L’originalité, cette fois, c’est que, grâce
aux institutions de la Ve République, c’est le même homme qui applique une nouvelle politique.
Pour combien de temps ? À l’évidence, le gouvernement, quoique feigne de croire Manuel Valls,
n’a plus de majorité parlementaire. Les députés frondeurs, de plus en plus nombreux, seront-ils
assez lucides pour ne pas ouvrir une crise gouvernementale, qui déboucherait presque
inévitablement sur une dissolution – et sur leur défaite électorale ? Rien n’est moins sûr. Le mandat
de François Hollande pourrait donc finir par une autre cohabitation – dont l’opposition, échaudée
par les précédents de 1988 et 2002, ne veut pas. Il faudra donc tôt ou tard jeter les bases d’une
majorité nouvelle – de Valls à Juppé en passant par Bayrou. Une utopie ? Non, une nécessité.
Guy Rossi-Landi